Qui êtes-vous, Christian Tchanz, et que représente pour vous la « Voix du Chasseral » ?
Je suis un gardien du terroir, un homme profondément attaché à la région du Chasseral. La « Voix du Chasseral » n’est pas qu’un simple titre ; c’est une mission. Elle incarne la transmission des savoirs, des histoires et des traditions qui font battre le cœur de ce massif jurassien. C’est la voix des paysans, des artisans, des forêts et des pâturages. Mon rôle est de faire résonner cette voix, de la porter au-delà des crêtes, pour que chacun puisse entendre et comprendre la richesse de notre patrimoine local.
Comment définissez-vous le lien entre le terroir et la voix que vous portez ?
Le terroir est la matière première de cette voix. Chaque pierre, chaque plante, chaque sentier du Chasseral raconte une histoire. La « Voix du Chasseral » est le fil conducteur qui relie ces récits. Par exemple, quand je parle de la fabrication du fromage d’alpage, je ne décris pas seulement un processus technique. Je raconte le travail des fromagers, la vie des vaches sur les pâturages d’altitude, et l’influence du climat jurassien sur le goût. C’est une approche holistique où le terroir devient un livre ouvert, et ma voix, la clé pour le lire.
Quels sont les défis actuels pour préserver cette identité régionale face à la mondialisation ?
Le plus grand défi est la standardisation. La mondialisation tend à uniformiser les goûts, les paysages et les modes de vie. Pour le Chasseral, cela signifie une pression sur les petites exploitations agricoles, la disparition de certaines variétés de plantes locales, et une banalisation du paysage. La « Voix du Chasseral » doit donc être un contre-pouvoir. Elle doit valoriser ce qui est unique : les races bovines locales comme la race d’Hérens, les fromages AOP comme le Tête de Moine, ou les savoir-faire artisanaux comme la vannerie. C’est un combat quotidien pour maintenir une diversité qui fait la force de notre région.
Pouvez-vous nous donner un exemple concret de la manière dont vous donnez vie à cette voix ?
Bien sûr. Prenons la tradition des « brandons », ces feux de joie allumés sur les crêtes au printemps. Ce n’est pas juste une fête. C’est un rituel qui marque la fin de l’hiver, un signal pour les troupeaux qui montent en alpage. En tant que « Voix du Chasseral », j’organise des rencontres autour de ces brandons. J’invite les anciens à raconter comment ils faisaient autrefois, et les jeunes à apprendre à construire ces feux. On y parle de l’orientation du vent, des essences de bois utilisées, et des légendes qui entourent ces flammes. C’est ainsi que la tradition devient vivante, et non un simple spectacle.
Quel rôle jouent les jeunes générations dans la transmission de cette voix ?
Les jeunes sont essentiels, mais ils doivent être impliqués de manière active. La « Voix du Chasseral » ne doit pas être perçue comme une voix du passé, mais comme une voix pour l’avenir. Je travaille avec des écoles locales pour organiser des ateliers de reconnaissance des plantes, des randonnées commentées sur la géologie du massif, ou des projets de cartographie des sentiers oubliés. Quand un jeune comprend que le Chasseral est un laboratoire vivant de biodiversité et de culture, il devient naturellement un ambassadeur. La transmission se fait alors par l’expérience, pas par des discours.
Quels sont les aspects les plus méconnus du Chasseral que vous aimeriez mettre en lumière ?
Beaucoup de gens connaissent le Chasseral pour ses paysages, mais peu savent qu’il abrite des microclimats uniques qui influencent la flore. Par exemple, certaines orchidées sauvages ne poussent que sur les versants sud, tandis que des lichens rares prospèrent dans les combes froides. Il y a aussi l’histoire des « murs en pierres sèches », ces constructions sans mortier qui témoignent d’un savoir-faire ancestral. Ces murs ne sont pas seulement esthétiques ; ils servent de refuges pour la petite faune et régulent l’érosion. La « Voix du Chasseral » doit révéler ces trésors cachés, pour que la protection de notre terroir devienne une évidence.
Comment voyez-vous l’avenir de la « Voix du Chasseral » dans les prochaines années ?
Je vois un avenir où cette voix se diversifie et se renforce. Avec les outils numériques, nous pouvons créer des podcasts, des vidéos immersives, ou des cartes interactives qui racontent le Chasseral en temps réel. Mais l’essentiel reste le contact humain. Je souhaite développer des « résidences de terroir » où des artistes, des scientifiques ou des artisans viennent vivre quelques semaines dans la région pour créer des œuvres inspirées par notre patrimoine. La « Voix du Chasseral » doit devenir une plateforme d’échanges, où chaque visiteur repart avec une partie de notre histoire.
Quel message souhaitez-vous transmettre à ceux qui découvrent le Chasseral à travers cette interview ?
Que le Chasseral n’est pas une carte postale figée. C’est un être vivant, qui respire, qui change, et qui a besoin de gardiens. La « Voix du Chasseral » est une invitation à ralentir, à écouter le vent dans les sapins, à goûter le fromage d’alpage, et à respecter les cycles de la nature. Chaque pas sur ces sentiers est une conversation avec le passé. Mon message est simple : devenez, vous aussi, une voix du Chasseral, en partageant ce que vous y découvrez, en soutenant les producteurs locaux, et en transmettant à votre tour ces histoires. Car un terroir ne survit que si on le raconte.
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