Christian Tchanz, vous êtes souvent décrit comme le « Gardien du terroir » de la Vallée du Chasseral. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous ?

Être gardien du terroir, c’est avant tout une responsabilité envers la terre et les hommes qui l’habitent. Dans la Vallée du Chasseral, cela signifie préserver un équilibre fragile entre traditions agricoles, biodiversité et développement local. Concrètement, je veille à ce que les pratiques culturales respectent les cycles naturels, que les pâturages soient entretenus de manière durable et que les savoir-faire ancestraux, comme la fabrication du fromage d’alpage ou la gestion des forêts, ne disparaissent pas. C’est aussi un travail de transmission : je partage mes connaissances avec les jeunes agriculteurs et les visiteurs curieux de comprendre notre lien unique à ce paysage.

La Vallée du Chasseral est réputée pour ses paysages et sa biodiversité. Quels sont les enjeux les plus urgents pour sa préservation ?

L’un des défis majeurs est le changement climatique. Nous observons des hivers moins neigeux et des étés plus secs, ce qui perturbe les cycles de l’eau et la croissance des plantes. Cela impacte directement les pâturages et la qualité du fourrage pour nos bêtes. Ensuite, il y a la pression du tourisme et de l’urbanisation. Si le Chasseral attire de nombreux randonneurs et amoureux de la nature, il faut encadrer cette fréquentation pour éviter l’érosion des sentiers et le dérangement de la faune, comme le tétras-lyre ou le chamois. Enfin, il y a un enjeu économique : maintenir une agriculture viable pour que les familles puissent continuer à vivre ici, sans céder à la tentation d’une exploitation intensive.

Vous parlez souvent de « voix du Chasseral ». Comment cette voix s’exprime-t-elle dans votre quotidien ?

Cette voix, c’est celle du vent dans les sapins, du bruit des cloches des vaches dans les alpages, du silence qui règne sur les crêtes. Mais c’est aussi une voix humaine : celle des paysans qui racontent leurs histoires, des artisans qui travaillent le bois ou la pierre, des anciens qui se souviennent d’un temps où la vallée vivait en autarcie. Mon rôle est d’amplifier ces voix, de les faire entendre au-delà de nos frontières. Par exemple, lors de conférences ou de visites guidées, je raconte comment le paysage a été façonné par des générations de bergers et de bûcherons. Chaque pierre, chaque sentier a une histoire à partager.

Quels sont les produits ou traditions emblématiques de la Vallée du Chasseral que vous défendez avec le plus de ferveur ?

Le fromage d’alpage, bien sûr, est un emblème. Mais pas n’importe lequel : celui qui est fabriqué avec le lait des vaches qui broutent les herbes aromatiques des pâturages du Chasseral. Chaque meule porte la signature du terroir. Il y a aussi la distillation des plantes, comme la gentiane ou l’arnica, qui est un art en voie de disparition. Et puis, je défends les fêtes de village, comme la désalpe, où l’on célèbre le retour des troupeaux. Ces moments sont essentiels pour maintenir le lien social et transmettre la fierté d’appartenir à cette vallée.

Comment voyez-vous l’avenir de la Vallée du Chasseral dans les dix prochaines années ?

Je suis optimiste, mais lucide. L’avenir passera par une agriculture régénératrice, qui nourrit les sols plutôt que de les épuiser. Nous devons aussi développer un tourisme responsable, qui valorise l’authenticité sans la dénaturer. Par exemple, des hébergements chez l’habitant ou des ateliers de découverte des métiers traditionnels. La clé, c’est la coopération : entre agriculteurs, communes, associations environnementales et visiteurs. Si chacun prend soin de ce territoire comme d’un bien commun, la Vallée du Chasseral restera ce joyau vivant qu’elle est aujourd’hui.

Un dernier mot pour ceux qui découvrent la Vallée du Chasseral à travers cet entretien ?

Je leur dirais : venez, mais venez avec respect. Marchez doucement, écoutez le silence, goûtez nos produits, parlez avec les gens. La Vallée du Chasseral ne se visite pas, elle se vit. Et si vous repartez avec un peu de cette voix dans votre cœur, alors notre mission de gardiens du terroir sera accomplie.

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📅 Date: 2026-05-10 22:51:28